La preuve nécessaire pour condamner les ennemis du peuple est toute espèce de documents, soit matérielle, soit morale, soit verbale, soit écrite, qui peut naturellement obtenir l’assentiment de tout esprit juste et raisonnable. La règle des jugements est la conscience des jurés éclairés par l’amour de la patrie ; leur but est le triomphe de la République et la ruine de ses ennemis. Nous avons, dans cette loi terroriste célèbre, la plus forte expression de la doctrine de l’Etat.
Nous avons le droit de conclure de là que l’on ne saurait confondre les violences syndicalistes exercées au cours des grèves par des prolétaires qui veulent le renversement de l’Etat, avec ces actes de sauvagerie que la superstition de l’Etat a suggérés aux révolutionnaires de 93, quand ils eurent le pouvoir en main et qu’ils purent exercer sur les vaincus l’oppression, — en suivant les principes qu’ils avaient reçus de l’Eglise et de la royauté. Nous avons le droit d’espérer qu’une révolution socialiste poursuivie par de purs syndicalistes ne serait point souillée par les abominations qui souillèrent les révolutions bourgeoises.
L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, comme on l’imprime encore tous les jours, mais la véritable émancipation consiste à voter pour un professionnel de la politique, à lui assurer les moyens de se faire une bonne situation, à se donner un maître.
Plus les électeurs croiront facilement aux forces magiques de l’Etat, plus ils seront disposés à voter pour le candidat qui promet des merveilles ; dans la lutte électorale, il y a une surenchère continuelle : pour que les candidats socialistes puissent passer sur le corps des radicaux, il faut que les électeurs soient capables d’accepter toutes les espérances ; aussi, nos politiciens socialistes se gardent-ils bien de combattre d’une manière efficace l’utopie du bonheur facile.
les écrivains socialistes ont souvent montré que les classes pauvres se firent massacrer, plus d’une fois, sans autre profit que d’assurer le pouvoir à des maîtres qui avaient su utiliser, à leur avantage et avec beaucoup d’astuce, un mécontentement passager du peuple contre les autorités anciennes.